Élevages européens : une expertise pour des systèmes plus durables

Entre bénéfices et répercussions, les systèmes d’élevage européens font débats. Pour y répondre, une expertise collective de l’Inra, avec la participation d’un chercheur Irstea, propose un état des savoirs sur leurs rôles, impacts et services. 11 leviers d’action sont ainsi proposés aux éleveurs, décideurs publics et acteurs locaux des territoires d’Europe pour améliorer les services rendus par les élevages.  

En 2006, un rapport de la FAO[1] évaluait à 18% la part de l’élevage dans les émissions mondiales de gaz à effets de serre (GES). Objet de nombreuses controverses, cette estimation (revue d’ailleurs à la baisse en 2013 : 14.5%) n’en est pas moins révélatrice des enjeux majeurs de  sécurité alimentaire et environnementaux liés à l’élevage. Des problématiques rejointes par des questionnements plus larges autour des modèles de développement.

Pour identifier et évaluer les effets de l’élevage, en particulier environnementaux et socio-économiques, l’Inra a réalisé, à la demande des ministères en charge de l’Environnement et de l’Agriculture et de l’ADEME, une expertise collective afin de disposer des connaissances scientifiques. 2 500 références ont ainsi été analysées par un groupe de 27 experts, parmi lesquels Dominique Vollet, Directeur de l’unité mixte de recherche Métafort à Irstea.

2 années d’étude ont permis de produire une évaluation des impacts et des services rendus par les systèmes d'élevage, et d’identifier et proposer 11 leviers d’actions principaux aux éleveurs, filières, décideurs publics et acteurs locaux des territoires européens. Ces résultats ont été restitués lors d’un colloque le 30 novembre 2016 à Paris.

Représentation des bouquets de services issus des élevages (c) InraAfin d’étudier les différents effets de l’élevage terrestre (bovins, petits ruminants, porcs et volailles, et leurs filières), les experts ont privilégié une analyse selon 5 grands domaines ou « bouquets de service » : les marchés, l’emploi et le travail, les intrants et ressources mobilisées, l’environnement et le climat, et les enjeux sociaux et culturels. Une méthode peu développée dans la littérature scientifique, qui met en exergue des synergies et des antagonismes entre services issus des élevages, en particulier entre production et impacts sur l’environnement, et souligne ainsi la nécessité d’envisager des compromis.

Sur quels leviers pouvons-nous alors agir ?

 

À chaque territoire ses leviers d’actions

Typologie des territoires d’élevage européens (c) Inra

    Les systèmes d’élevage et territoires en Europe sont complexes et contrastés. Aussi, pour être efficace, chaque levier d’action doit être envisagé en fonction des caractéristiques du territoire concerné.

    •  Améliorer les pratiques d'alimentation, aménager les bâtiments et encourager le pâturage

    Contrôler la pollution et limiter les intrants sont 2 enjeux prioritaires des territoires denses en animaux et peu herbagers (30 % du cheptel européen). Ainsi, adopter de meilleures techniques en matière d'alimentation (modificatrion des caractéristiques nutritionnelles des rations) et de logement (rénovation ou construction de bâtiments plus économes en énergie) représentent des leviers d'actions dans les elevage de volailles et de porcs, pour réduire les émissions de GES, tandis que favoriser le recours au pâturage peut être une solution envisagée pour les ruminants.

    • Privilégier le compromis

    Dans les territoires herbagers aux densités animales variables (35 % du cheptel) majoritairement composés de ruminants, et où la valorisation des ressources locales en limitant l'achat d'aliments et l'usage de produits phytosanitaires et d'engrais, prime sur l’optimisation de la production (laitsn formages, ou viandes). Les leviers d’action sont à définir en fonction du contexte local, afin de préserver les capacités environnementales de ces systèmes d’une part, sans impacter leur potentiel de production, d’autre part.

    • Maintenir l’élevage par l’implantation des cultures

    Pour conserver les bénéfices d’une association entre culture et élevage (amélioration de la qualité des sols, de la trame paysagère,..), les territoires où cohabitent cultures et élevage (27% du cheptel) doivent s’organiser autour du maintien de l’élevage : implantation de cultures intermédiaires ou introduction de ruminants ou volailles dans les vergers, vignes ou rizières, par exemple.

    En vue de faciliter l’appropriation, par les décideurs publics et parties prenantes, de ces leviers d'action, il est nécessaire de poursuivre les travaux recherche sur les changements en cours dans ces territoires et leurs interdépendances. Au sein de l’UMR Territoires  (ex UMR Métafort), au centre Irstea de Clermont-Ferrand, les chercheurs sont mobilisés pour répondre à ces enjeux.

    L’expertise Irstea pour un développement durable des territoires

     

    Face aux mutations profondes de nos territoires ruraux et agricoles, l’analyse de l’articulation entre les dynamiques spatiales, les activités et les nouvelles formes de coordination entre acteurs, pour un développement durable, est au cœur des projets de recherche de l’UMR Territoires, dirigée par Dominique Vollet.

    Ces travaux visent à accompagner les acteurs locaux dans ces transformations en produisant des méthodes adaptées. Dans le cadre du projet NewDeal mené en Auvergne conjointement par l’UMR Territoires et l’UMR Herbivores et financé par le programme PSDR4, les chercheurs évaluent les intérêts environnementaux, économiques et sociaux des systèmes d’élevage herbivores, pour les éleveurs, filières et territoires. Ils conçoivent également des stratégies de valorisation autour de divers systèmes d’élevage (alliant bovins et équins, ou bovins et ovins) comme levier de durabilité pour la transition agro écologique.



    [1] FAO; Steinfeld, H.; Gerber, P.; Wassenaar, T.; Castel, V.; Rosales, M.; de Haan, C., 2006. Livestock long shadow. Environmental issues and options. Rome, Italy: FAO, 390 p.

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