La forêt, protection naturelle face au risque rocheux

Barrières naturelles, les forêts contribuent à protéger les habitations et les activités socio-économiques contre les risques naturels, notamment les chutes de pierres et de blocs rocheux. Pour préserver et promouvoir ce service rendu par la forêt, encore faut-il pouvoir l’évaluer. Mené par quinze partenaires européens et piloté par l’unité LESSEM du centre Irstea de Grenoble, le projet Rock The Alps fournit, aux gestionnaires et aux décideurs publics, des outils harmonisés permettant de localiser et hiérarchiser les forêts qui ont une fonction de protection, à l’échelle de tout l’arc alpin européen. Une première…

21,5 % des forêts de l’arc alpin européen ont un rôle de protection contre les chutes de pierres. Autrement dit, un cinquième des forêts permet le maintien des activités socio-économiques de cet espace partagé par la France1, l’Italie, la Slovénie, la Suisse, le Liechtenstein, l’Allemagne et l’Autriche. C’est là l’un des grands résultats du projet Interreg Rock The Alps qui visait à fournir des données et outils opérationnels aux gestionnaires et aux décideurs publics pour les aider à mieux intégrer, dans les politiques de gestion, le service de protection « pare-pierre » rendu par les forêts.

Cartographier et quantifier la protection offerte par la forêt

«À travers le projet Rock The Alps, nous voulions d’une part quantifier le phénomène de chutes de pierres et identifier les zones menacées par cet aléa. Et d’autre part localiser et hiérarchiser les secteurs forestiers qui ont un rôle de protection contre cet aléa, dans l’arc alpin », explique Frédéric Berger, chercheur au LESSEM et coordinateur du projet.

Pour cela, un grand inventaire des événements passés de chutes de pierres (recensant leur date, leur lieu, la distance parcourue entre le point de départ et le point d’arrêt) a été réalisé pour les sept pays concernés. Un travail qui a abouti à la création d’une base de données unique en Europe contenant 10 620 profils topographiques de chutes de pierres.
Avec l’aide de leurs partenaires, et à partir de cette énorme base de données, les scientifiques d’Irstea, spécialistes de la modélisation de l’aléa rocheux, ont élaboré un modèle de simulation des zones de propagation des éboulements en l’absence de forêts. Ils l’ont ensuite croisé avec les cartes d’implantation des enjeux (voies de communication, zones urbanisées…), puis avec les cartes du couvert forestier. In fine, ils ont ainsi produit :

  • le premier modèle standardisé permettant de cartographier, à l’échelle d’un département, d’une région ou du pays, les forêts à fonction « pare-pierre », et de quantifier leur efficacité de protection ;
  • la première carte des forêts à fonction « pare-pierre » de tout l’arc alpin européen.
Cartographie du risque
© F. Berger / Irstea
Cartographie du risque
© F. Berger / Irstea

Valoriser le service de protection des forêts contre le risque rocheux

Protection route bloc rocheux
© F. Berger / Irstea

« Le modèle de cartographie (RockEU) que nous avons ainsi développé sera disponible gratuitement en ligne d’ici fin 2019. Il permettra par exemple aux gestionnaires forestiers de réaliser une évaluation rapide de l’efficacité de protection de leur forêt et d’en tenir compte dans leurs modalités de gestion. Il pourra aussi servir aux expertises menées par les bureaux d’étude ou par les services de l’état dans le cadre de la réalisation des plans de prévention des risques naturels (PPRn) », précise Frédéric Berger.

Le projet a aussi abouti à la mise au point de la première méthode d’évaluation économique du service de protection « pare-pierre » des forêts. L’outil développé (ASFORESEE) permettra de calculer deux valeurs monétaires : la valeur de remplacement du service, soit l’investissement financier nécessaire pour obtenir le même niveau de protection que celui fourni par la forêt en place2, et la valeur d’évitement des dommages. Ces données chiffrées vont permettre aux décideurs de valoriser le service rendu par les forêts dans les stratégies de prévention des risques naturels, et d’orienter les investissements pour le préserver et l’optimiser.

Désormais dotés de ces nouveaux outils et connaissances, fonctionnels à l’échelle de l’arc alpin européen, les scientifiques voient plus loin : « nous réfléchissons à l’extension de la méthode de cartographie des forêts « pare-pierre » à l’échelle de l’Europe entière, mais aussi à la transposition de la méthode à l’évaluation de la fonction de protection des forêts contre les avalanches ». De quoi alimenter les réflexions en cours, au niveau régional et européen, notamment via la Stratégie de l’Union Européenne pour la région alpine3, sur les atouts des solutions fondées sur la nature en matière de prévention des risques naturels…

 

Fiche d’identité du projet

En savoir plus


1- Régions françaises inclus dans l’arc alpin : Alsace, Franche-Comté, Rhône-Alpes, Provence-Alpes Côte d’Azur.
2- Cette valeur est souvent exprimée en « équivalent ouvrage génie civil », soit le coût d’un ouvrage à construire pour assurer le même niveau de protection que l’actuel couvert forestier.
3- La présidence (tournante) de la Stratégie de l’Union Européenne pour la région alpine (SUERA) sera assurée par la France en 2020.