Du génie végétal sur les berges des rivières de Guadeloupe

Ruisseau de Beaugendre, cote sous le vent, Basse-Terre, Guadeloupe © A. Evette - Irstea
Ruisseau de Beaugendre, cote sous le vent, Basse-Terre, Guadeloupe © A. Evette - Irstea

Le génie végétal est de plus en plus utilisé pour restaurer les berges de cours d’eau, aujourd’hui très dégradées par les activités humaines. Déjà bien utilisée en métropole et sur le territoire européen, la technique s’implante à présent en Guadeloupe, où les scientifiques sont confrontés à de nouveaux défis.

Les berges de cours d’eau assurent des fonctions écologiques fondamentales : elles accueillent une grande biodiversité, et favorisent la circulation des espèces animales et végétales. Elles protègent également contre les crues, dépolluent les eaux, et fournissent des services économiques et sociaux (paysage, loisirs…). Ce sont cependant aujourd’hui des milieux très dégradés par les activités humaines et les infrastructures installées à leurs abords.

Le génie végétal consiste à utiliser des végétaux pour stabiliser les berges : il permet de préserver les berges contre l’érosion - donc de protéger les habitations et les infrastructures - comme le font les ouvrages de génie civil (enrochement, bétonnage…), mais aussi de restaurer leurs fonctions écologiques.

De plus en plus utilisée en Europe, la technique s’implante maintenant en Guadeloupe, par le biais du projet Protéger qui vise à restaurer les berges des rivières de l’île caribéenne. Sous l’impulsion du Parc National de la Guadeloupe, Irstea, l’Inra, l’Université des Antilles et leurs partenaires travaillent sur ce projet.

 « C’est un projet très complet, qui va de la description des modèles naturels au transfert à la sphère économique, explique André Evette, chercheur au centre Irstea de Grenoble et expert reconnu dans le domaine. Il permettra de développer des pépinières, de former des professionnels : il couvre ainsi des volets écologiques jusqu’aux volets sociaux ».

La Guadeloupe : un contexte particulier pour le génie végétal

Si les techniques de génie végétal sont bien établies pour les rivières françaises, ce n’est pas le cas pour la Guadeloupe. Les scientifiques y font face à diverses contraintes, spécifiques aux écosystèmes tropicaux : l’intensité des crues est considérable, la pente, le transport solide et l’érosion sont importantes, et les berges des parties avales sont très urbanisées.

« Ces zones sont des hotspots de biodiversité, et ont un très fort taux d’endémisme, c’est-à-dire que certaines espèces ne sont présentes qu’ici. Or, cette flore très fragile est en train d’être homogénéisée. Nous voulons dans ce projet utiliser la flore locale, et ainsi répondre à d’importants enjeux de conservation de la biodiversité », complète André Evette.

Les modèles naturels guadeloupéens sont mal connus et les expériences locales de génie végétal quasiment inexistantes. Les scientifiques doivent donc repenser le génie végétal, tant au niveau du choix des espèces que des techniques utilisées.

Mettre en place une filière durable de génie végétal

Expérimentation test de bouturage sur 31 espèces
Expérimentation test de bouturage sur 31 espèces  © Mira / Labbouz

La première étape du projet consistait à décrire les modèles naturels et à  sélectionner les espèces végétales locales les plus adaptées au maintien des berges. Trente espèces ont ainsi été retenues selon une variété de critères : système racinaire dense, tige flexible, croissance rapide, capacité de bouturage… Le caractère autochtone et rare a également pesé dans la balance.

Les plantes sélectionnées ont été mises en pot, et leurs propriétés mécaniques et caractéristiques biologiques sont étudiées par les scientifiques. Des chantiers vont être mis en place sur les rivières de l’île, en partenariat avec la Région Guadeloupe, afin de tester l’efficacité des plantes en conditions réelles. « Les travaux de protection de berge sur les cours d’eau de Guadeloupe prennent ainsi de plus en plus en compte le génie végétal, explique André Evette. De quoi tester les différentes essences et techniques de génie végétal. »

Ce travail permettra également de connaître et maîtriser les capacités de reproduction de ces espèces et fournira les éléments techniques nécessaires à leur culture ultérieure en pépinière.

Le projet Protéger, fer de lance du génie végétal dans la Caraïbe

L’objectif à long terme du projet est de développer une filière socio-économique locale de production des végétaux pour la mise en place des techniques de génie écologique.Un guide méthodologique de génie végétal applicable dans les Antilles verra le jour. « Les acteurs locaux, entreprises, collectivités etc…, seront formées à l’utilisation des techniques de génie végétal et à mettre en œuvre des chantiers de routine pour une évolution pérenne des techniques de génie civil vers une ingénierie écologique performante, et respectueuse de la biodiversité exceptionnelle du territoire ». Ce projet ouvre donc la voie au génie végétal dans les Caraïbes, et a pour ambition de servir d’exemple et de produire les connaissances nécessaires à cette application dans toute la région.

Logo projet protegerFiche d’identité du projet

  • Nom : Protéger - Promotion et développement du génie écologique sur les rivières de Guadeloupe
     
  • Partenaires et financeurs : Parc National de la Guadeloupe (PNG), Irstea, Inra, Université des Antilles (UA), Région Guadeloupe, Office de l’eau et Deal Guadeloupe, Fonds européen de développement régional (Feder) et l’Agence Française pour la Biodiversité (AFB)
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