Papillons menacés, biodiversité en danger

La dégradation et la fragmentation des milieux naturels par les activités humaines sont responsables de l’appauvrissement de la biodiversité. Les papillons de jour, espèces emblématiques de ces milieux naturels, ne sont pas épargnés : depuis 20 ans en Europe, on observe un déclin de 70 % de l'abondance de ces espèces. Des scientifiques se sont intéressés aux réactions de ces communautés et à leurs dynamiques en milieu agricole, montrant tout l’intérêt de préserver la connectivité écologique au sein de ces territoires.

Les papillons de jour, espèces emblématiques des milieux ouverts (prairies, cultures, etc.), sont en fort déclin depuis 20 ans en Europe : moins 70 %. En cause notamment, la fragmentation des milieux naturels et l'intensification des pratiques agricoles dans les parcelles. La mise en place de la trame verte en milieu agricole, qui consiste à renforcer les continuités écologiques nécessaires à la faune et à la flore, pourrait permettre d'enrayer ce déclin.

Un projet de recherche [1], coordonné par Irstea, s’est intéressé à ces communautés sous un triple angle :

  • scientifique : comprendre comment les cortèges de papillons de jour varient en fonction des caractéristiques paysagères et des pratiques agricoles. Le projet a réalisé un échantillonnage des papillons dans 3 régions et a aussi analysé les données des suivis participatifs réalisés dans le cadre du programme Vigie Nature, piloté par le Muséum d’Histoire Naturelle.
  • patrimonial : préserver les papillons de jour.
  • social et anthropologique : comprendre les motivations des différents acteurs, notamment les agriculteurs, qui participent aux divers suivis participatifs des papillons en France.

La forêt à la rescousse ?

"Un résultat majeur de l'étude : la présence de forêts dans le voisinage immédiat (boisements à proximité de prairies, chemins ou routes) conduit à une plus grande diversité de papillons de jour (papillons de forêt et de prairie)", explique Frédéric Archaux, chercheur au centre Irstea de Nogent-sur-Vernisson. Cela vaut pour les papillons inféodés aux prairies qui trouvent dans la forêt un refuge la nuit, des ressources en nectar lorsque les prairies sont fauchées ou encore un micro-climat.

L’équipe scientifique a travaillé pour la première fois sur la génétique du paysage. Une discipline récente qui permet de traiter la question des dynamiques des populations – question fondamentale dans la trame verte. "On regarde la dispersion des papillons (ici, le Myrtil - Maniola jurtina L.), non pas en suivant individuellement par captures ou télémétrie (capteurs installés sur le dos du papillon) leurs déplacements, mais en étudiant leur patrimoine génétique et en vérifiant si 2 individus proches géographiquement le sont ausssi au niveau génétique." Plutôt qu'un flux d'individus, la méthode permet de quantifier les flux de gènes dans le paysage.

Anne Villemey (doctorante) réalise un transect de comptage des papillons dans l’Yonne (Bourgogne) © Irstea / F. Archaux Champ dans l’Yonne (Bourgogne) © Irstea / F. Archaux

Comment font-ils ? Les scientifiques capturent un papillon, lui arrachent une patte pour en extraire l'ADN (ce qui n’empêche pas l'insecte de survivre). Ils observent ainsi une partie de l’ADN (les allèles) afin d’identifier certains marqueurs génétiques. Puis, ils calculent un indice de ressemblance/parenté entre les 2 individus mis en relation avec le paysage où l’échantillonnage a été fait. Une avancée, même si au cours du projet "une faible part de variabilité génétique s’expliquait par le paysage, peut-être dû au choix de l’espèce".

Adapter la gestion des milieux

La déclinaison opérationnelle de la trame verte se pense à l’échelle d’un territoire, ce qui correspond globalement à l'échelle de dispersion des papillons. Cette trame verte peut renforcer les connectivités aussi bien en recréant des habitats, mais également en améliorant la qualité des habitats existants. Or, l'étude a montré que la qualité des prairies ou des bords de chemin et route (hauteur de la végétation, quantité de plantes, diversité floristique, etc.) est déterminante, davantage que l’agencement.

"Il est important pour une commune de ne pas négliger le travail sur les pratiques agricoles, souligne Frédéric Archaux. Ainsi, plutôt que de transformer des paysages en recréant des prairies, même gérées très attentivement, il peut être préférable de travailler avec les agriculteurs pour adapter localement certaines pratiques comme raisonner la fréquence de fauchage, l’usage de pesticides et de fertilisants à proximité, etc. Ces actions permettent d'augmenter les niveaux de populations de papillons, ce qui augmente mathématiquement les flux d'individus dans le paysage." Dernière recommandation au niveau du paysage : favoriser une mosaïque de milieux semi-naturels herbacés et boisés, des milieux complémentaires pour les espèces.

En savoir plus


[1] Projet LEVANA 2013-2016 : financé dans le cadre de la phase 3 du programme de recherche DIVA « Action publique, Agriculture et Biodiversité » du Ministère en charge de l’Environnement, qui porte sur les continuités écologiques. Partenaires : Irstea, INP ENSAT, Inra Bordeaux, CNRS, Muséum national d’Histoire Naturelle. Coordination : Irstea