[Publication] Espèces exotiques forestières européennes sous la loupe des experts

Comment cohabitent, dans nos forêts européennes, espèces exotiques et espèces natives ? C’est pour favoriser une gestion adaptée que l’ouvrage « Introduced tree species in European forests: challenges and opportunities » propose, avec la contribution de chercheurs Irstea, un panorama des connaissances disponibles. Un véritable guide en accès libre pour les acteurs de la gestion forestière, décideurs publics, chercheurs, et toutes personnes intéressées par le sujet.

Les espèces exotiques volontairement ou accidentellement introduites dans les forêts européennes (lors d’un transport par avion exemple), soulèvent des enjeux environnementaux et socioéconomiques. Leurs interactions avec les espèces natives ou autochtones (originaires de l’aire considérée), le risque d’invasion biologique ou encore les coûts économiques de leur gestion, sont au cœur des débats. Quels sont leurs impacts sur la biodiversité ? Comment développer un plan de gestion à l’échelle nationale ou régionale, alors que le risque d’invasion dépasse les frontières ? Pour répondre à ces défis et ainsi encourager une gestion forestière adaptée, l’ouvrage « Introduced tree species in European forests: challenges and opportunities » rassemble, sous la direction d’experts, un large éventail d’études de cas et de résultats issus de la littérature scientifique. Ce recueil s’inscrit dans le cadre du projet In-Tree mené par le Ministère fédéral allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture et l’Institut européen de la forêt.

Les recherches menées par Irstea y figurent à plusieurs niveaux.

  • Effets des espèces exotiques introduites sur la biodiversité

Les impacts de ces espèces sur la biodiversité dépendent du contexte écologique concerné, explique Yann Dumas, chercheur Irstea, auteur du chapitre 4.6. Par exemple, une introduction en zone rudéralisée, soit sur un sol formé de décombres, aura des impacts positifs, tandis qu’un boisement en zone naturelle à haute valeur patrimoniale aura des répercussions négatives sur la biodiversité globale, car il peut entraîner une diminution des espèces rares. Les espèces envahissantes sont de surcroît à exclure, en raison du risque d’invasion en zone naturelle à haute valeur patrimoniale. Des études doivent évaluer, au niveau européen, la biodiversité associée à chaque essence autochtone pour estimer la perte de biodiversité qu’occasionnerait leur remplacement par des espèces exotiques, précise-t-il.

  • Impacts de l’espèce ailante sur l’effet protecteur des forêts

Le chapitre 5.7 écrit par 4 chercheurs de l’Institut fédéral de recherches WSL, et consacré à l’introduction et l’expansion de l’ailante (Ailanthus altissimaen Suisserend compte des travaux menés avec des chercheurs Irstea du Centre de Grenoble, dans le cadre du projet ALIEN. L’étude vise à évaluer l’impact de cette essence envahissante sur l'effet protecteur de la forêt contre les chutes de blocs de pierre, en France et en Suisse.

  • Contrôle des renouées invasives

Fanny Dommanget, Paul Cavaillé, André Evette et François-Marie Martin, du Centre Irstea de Grenoble, consacre le chapitre 3.8 à l’expansion, en Europe, des renouées asiatiques et à leurs interactions de compétition avec les espèces natives. Les méthodes utilisées (herbicides, fauche) pour contrôler leur invasion se sont révélées peu efficaces et onéreuses. Deux stratégies sont à privilégier : l’observation et la prévention.

L’ouvrage destiné aux acteurs de la gestion forestière, décideurs publics, chercheurs, étudiants, et à toutes les personnes intéressées par ce sujet, est disponible en accès libre et gratuit à cette adresse.

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