Risque incendie de forêt : évaluer la vulnérabilité du bâti

La vulnérabilité des bâtis et infrastructures situés en interfaces habitat-forêt est désormais prise en compte dans la gestion du risque incendie, par le biais de la cartographie des enjeux. Mais cela reste insuffisant… Pour caractériser plus finement ces enjeux (exposition, aménagements, etc.) et aider les services opérationnels, des indicateurs de vulnérabilité s’imposent. Un modèle multicritères a été développé pour produire un outil d'aide à la décision de gestion des interfaces, s'adressant tant aux résidents qu'aux aménageurs.

Eloigner un tas de bois de chauffage de l’habitation, améliorer la qualité de la protection des ouvertures (fenêtres, etc.) : autant de mesures simples et souvent peu coûteuses qui peuvent permettre de limiter radicalement la vulnérabilité d’un bâti en interface habitat-forêt ; vulnérabilité qui dépend essentiellement de l’aménagement de l’interface entre la forêt et la zone bâtie et du jardin autour du bâti.

Aujourd’hui, des cartes d'enjeux sont réalisées représentant leur distribution spatiale sur le territoire. "Le souci de cette approche est qu'avec l'extension des interfaces habitat-forêt, on observe une uniformisation de ces carte des enjeux sur une grande partie des territoires communaux, en bordure des massifs, alors que la vulnérabilité réelle des enjeux dépend fortement du contexte géographique local", explique Eric Maillé, chercheur au centre Irstea d’Aix-en-Provence, spécialisé en modélisation du risque et de sa dynamique. Il est alors nécessaire de hiérarchiser, de quantifier et de qualifier ces enjeux à l’aide d’indicateurs, afin de produire des cartes discriminant les zones de plus forte vulnérabilité pour aider les services opérationnels de gestion et de lutte contre l'incendie.

Un modèle de vulnérabilité à l'incendie de forêt

Après des travaux menés sur la définition et la cartographie des interfaces habitat-forêt, puis sur le rôle de la végétation ornementale dans la propagation du feu, une thèse [1] a été menée à Irstea sur l’évaluation de la vulnérabilité du bâti des interfaces habitat-forêt au travers de méthodes valides et reproductibles. Que se passe-t-il au niveau de chaque bâti endommagé lors d'un incendie de forêt ? Quels liens peut-on observer entre le type d’interfaces (densité de bâti, etc.),la caractérisation de chaque bâti (classification selon l’entretien, présence ou non de plantes ornementales, de pins, etc.) et le niveau d'endommagement en cas d'exposition à un incendie d'une intensité donnée ?

Les 3 composantes de la vulnérabilité d’un bâti

  • Vulnérabilité interne : caractéristiques du bâti (matériaux de construction, accès, etc.)
  • Exposition : environnement du bâti (présence de masses combustibles à proximité, etc.)
  • Capacité de réponse : potentiel de réaction, facilité d’évacuation voire capacité d'auto-défense

De telles recherches requièrent des données expérimentales ; ce qui nécessiterait de déclencher un incendie près d’un bâti... Difficile, voire impossible dans ce cas. "Nous avons donc reconstitué et simulé en 3D des feux passés pour évaluer le degré d'exposition des enjeux et interpréter les dommages observés, relevés sur le terrain après le sinistre." Mais ces données disparates sont parfois difficiles à comparer. Une dizaine d’experts (services de secours et de lutte anti-incendie, forestiers, gestionnaires de territoire, chercheurs) ont alors été sollicités pour collecter des retours d’expériences opérationnelles, afin d'identifier les situations les plus vulnérables : il est notamment demandé aux experts de hiérarchiser les critères qui leur paraissent les plus vulnérables, etc.

Un modèle de vulnérabilité objectif est alors développé, regroupant différents critères et testé sur plusieurs feux passés : exemple avec le feu d’interface de la colline Saint-Jacques, du 21 juillet 2012 sur la commune de Cavaillon. Le feu n’a brûlé qu’une vingtaine d’hectares, mais a endommagé un peu plus de 13 maisons. A l’aide d’un modèle de propagation, de données sur la végétation et de retours d’expériences fournies par les services de secours, un scénario a pu être reconstitué ; idéal pour identifier les paramètres du feu au moment de l’exposition des enjeux endommagés (hauteur des flammes, puissance du front, etc.).

Simulation du feu de Cavaillon : intensité et exposition des bâtis endommagés © Irstea / L. Pugnet

Un outil d’aide à la décision

Le modèle multicritères de vulnérabilité permettra à l’aménageur du territoire d’accéder à une carte de la vulnérabilité des enjeux, lui permettant d’identifier les interfaces habitat-forêt les plus exposées au risque et les critères prioritaires sur lesquels agir pour limiter la vulnérabilité : amélioration des accès, révision des densités des bâtis, etc.

Un outil utile également pour le grand public : le modèle devrait être disponible en ligne, afin de permettre à tout résident de procéder à une auto-évaluation de la vulnérabilité de son habitation et de pouvoir prendre les meilleures dispositions pour améliorer sa situation et sa propre sécurité. Depuis cette interface, le résident renseignera les différents critères (maison en bois/béton, présence de volets, accessibilité, etc.) permettant le calcul d’un indice de vulnérabilité.

En savoir plus

[1] Lilian Pugnet, thèse soutenue en janvier 2015 ; dirigée par Christine Voiron (Université de Nice) et réalisée au centre Irstea d’Aix-en-Provence.