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Surveillance des eaux de baignade : vers des méthodes de détection plus rapides

(c) V. Bertrin

20/07/2017

L’été, les eaux de baignades sont particulièrement soumises à la prolifération de cyanobactéries, micro-algues potentiellement toxiques. Pour améliorer la rapidité et la fiabilité des systèmes actuels de surveillance et d’alerte, les chercheurs d’Irstea testent des technologies innovantes et développent de nouveaux protocoles, aux côtés des acteurs du territoire. A la clé : une gestion optimale des périodes de crises.

Chaque été, c’est le même scénario. De nombreux lacs et étangs, lieux de baignade, sont envahis par des cyanobactéries dont on distingue plus de 4600 espèces. Pour limiter les risques sanitaires, un suivi de ces micro-algues est nécessaire.

En France, ce contrôle repose sur des seuils, définis selon le nombre de cellules de cyanobactéries par ml d’eau dénombrées au microscope, qui conditionnent la limitation ou la fermeture de la zone de baignade. Mais obtenir ces résultats prend au minimum 24 à 48h, un délai long qui est dommageable à la sécurité sanitaire. De plus, ces analyses ne reflètent pas fidèlement la quantité d’algues potentiellement toxiques dans l’eau puisque les cyanobactéries ont des cellules de tailles très diverses selon les espèces. Ainsi, une espèce non toxique, moyennement abondante avec de très petites cellules peut déclencher une alerte et entrainer la limitation voire la fermeture d’une zone de baignade, alors que le risque est nul. A contrario, une espèce toxique peu abondante, avec des cellules de taille supérieure, n’entrainera pas d’alerte alors que le risque est important.

 

Experts en algologie et en limnologie, c’est-à-dire l’étude des eaux continentales, les chercheurs d’Irstea Bordeaux ont mis au point un nouveau protocole de surveillance et d'alerte plus réactif, CYANALERT, basé sur l’utilisation d’un type de capteur récent : un fluorimètre de terrain. En moins d’une minute, le capteur offre une mesure de la quantité de matière représentée par les cyanobactéries dans l’eau. A partir de ces résultats et grâce à un arbre de décision élaboré par les chercheurs, les acteurs de la surveillance sont en mesure d’identifier des stratégies d’actions adaptées. « Ce dispositif, utilisé depuis 2013 par la communauté de Communes des Grands Lacs sur certaines zones de baignade dites à risque dans les Landes, apporte une vision globale des cyanobactéries présentes dans l’eau, en un temps record. Sa mise en œuvre sur le territoire français nécessite cependant que les seuils réglementaires soient définis selon la quantité de matière représentée par les micro-algues » explique Christophe Laplace-Treyture, hydrobiologiste à Irstea Bordeaux. Prochaine étape pour nos scientifiques : déployer le protocole dans d’autres régions où le risque est élevé. 
 

En parallèle de ces travaux, l’équipe travaille à la mise au point de biocapteurs génétiques, en collaboration avec l’entreprise Microbia Environnement dans le cadre du projet CyaTox_Track financé par l’ADEME (2017-2019). Ces biocapteurs visent à quantifier en moins de 3 heures, 4 genres de cyanobactéries potentiellement toxiques et particulièrement abondantes en eaux douces. Les premiers tests sur cultures ont déjà été réalisés et sont prometteurs. Les tests sur sites seront effectués sur la période estivale  2018 à Champs-sur-Marne (77) et en Espagne, en vue de finaliser les 1ers biocapteurs d’ici 2 ans. Un projet à suivre donc.

Renforcer le dialogue entre les acteurs de la surveillance de la qualité des eaux

Au niveau international, la recherche s’organise et s’ouvre à l’ensemble des acteurs concernés (communes, gestionnaires, ARS, etc) pour mettre en commun avancées scientifiques et pratiques locales. Ainsi, un colloque international a lieu régulièrement depuis 2015, réunissant le Groupement d’intérêt scientifique spécialisé dans l’étude des cyanobactéries en eaux douces, et le Groupement de Recherche spécialisés dans l’étude des algues toxiques en milieu marin, pour approfondir l’écologie des espèces, les connaissances des mécanismes de prolifération, développer de meilleurs outils de détection et d’analyses des toxines et comprendre les effets des algues toxiques et des cyanobactéries sur la société. Des réflexions auxquelles Irstea participent activement, afin de faire progresser la recherche et optimiser les systèmes de surveillance et d’alerte.

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