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Comment repenser les écosystèmes et leur gouvernance ?

30/10/2018

Afin de faire face aux enjeux de durabilité auxquels sont confrontées les ressources naturelles, la mise en place d’une approche de gestion dite « écosystémique », qui prône une manière globale de gérer les écosystèmes, est encouragée par la communauté internationale scientifique et politique. Dans le cadre du projet ECOGOV, financé par le LabEx COTE, Université de Bordeaux et piloté par Irstea, en partenariat avec l’Ifremer, l’Inra et l’EFI (European Forest Institute), des spécialistes de la science politique et des sciences naturelles font le point : cette approche est-elle véritablement mise en place, et si oui, comment ?

Qu’est-ce que l’approche écosystémique ?

Face aux menaces qui pèsent sur la biodiversité, de nombreux spécialistes des sciences naturelles défendent la mise en place d’une approche écosystémique pour gérer les écosystèmes. « Selon les défenseurs de cette approche, celle-ci préconise une vision globale, qui prend en compte les interactions entre les animaux, les humains et leur environnement pour mieux appréhender les changements globaux, explique Caitríona Carter, coordinatrice du projet ECOGOV et chercheuse en science politique au centre Irstea de Bordeaux. Mais il existe très peu d’études sur la dimension politique de sa mise en œuvre en France. » Cette approche est porteuse d’espoir pour une gestion durable des écosystèmes mais représente cependant de nouveaux défis pour la science et la politique.

ECOGOV : l’approche écosystémique ne s’émancipe pas des débats idéologiques

Le projet ECOGOV a pour but d’étudier les relations entre les sciences et la politique dans la gouvernance des écosystèmes. « Un résultat central du projet porte sur la dimension politique de ces relations, explique Caitríona Carter. Nous avons observé que la mise en œuvre de l’approche écosystémique ne s’émancipe pas des débats idéologiques, contrairement aux idées dominantes chez les partisans de l’approche écosystémique, qui tendent à voir cette approche comme politiquement neutre ».

L’étude menée par les chercheurs du projet ECOGOV a ainsi mis en exergue l’existence de trois « idéotypes », des manières de concevoir la gouvernance des écosystèmes, chacune correspondant à une hiérarchie différente de valeurs idéologiques.

Dans un premier cas, la gestion des écosystèmes au nom de l’efficacité, un rôle de gouvernance fort est donné à l’Etat à plusieurs échelles de gouvernance (européen, national, régional), qui s'appuie sur les sciences pour prendre des décisions. Les acteurs publics décentralisés et les autres parties prenantes participent souvent aussi, mais définissent rarement les problèmes à traiter.

Dans un deuxième cas, la gestion des concurrences entre les services écosystémiques, la valeur économique des services rendus par les écosystèmes à la société est déterminée par des évaluations réalisées par des économistes de l'environnement travaillant avec des écologistes.

Dans un troisième cas, les approches écosystémiques d’acteurs engagés, l'État est un acteur parmi tant d'autres, où la résolution des choix peut se faire en dialogue avec les acteurs publics décentralisés, les acteurs privés, les ONG et les citoyens. De nombreux types de connaissances sont mobilisés.

Comment gérer la fabrication d’un « gâteau durable » ?

Pour illustrer les trois cas de figure, prenons l’exemple de la fabrication d’un « gâteau durable », dont les fabricants connaissent les ingrédients qui le composent, leurs interactions avec les autres ingrédients et avec les enfants qui le mangeront.

  • La gestion des écosystèmes au nom de l’efficacité : les parents décident des ingrédients du gâteau d'anniversaire, en tenant compte d'une série de points de vue scientifiques sur, par exemple, les ingrédients " sains " et " durables" du gâteau, ainsi que de leurs propres hypothèses sur ce que leur enfant voudrait.
  • La gestion des concurrences entre les services écosystémiques, les parents inviteraient des entreprises privées de fabrication de gâteaux à faire des offres en tenant compte du coût pour la nature de la fabrication du gâteau. Ces coûts détermineraient à la fois le pâtissier et le type de gâteau.
  • Approche écosystémique d’acteurs engagés, les parents et les amis de l'enfant, et possiblement l'enfant lui-même, discuteraient ensemble des questions de goût, de santé et de durabilité et s'efforceraient de trouver un compromis sur le type de gâteau d'anniversaire.

La gouvernance des écosystèmes en Nouvelle-Aquitaine

Dans un deuxième temps, les scientifiques ont cherché à savoir si ces différentes approches étaient mises en place en Nouvelle-Aquitaine au niveau de la gouvernance de trois types d’écosystèmes : forestier, estuarien et marin. Ils ont observé les pratiques sur le terrain et interviewé les acteurs locaux. Les principaux résultats ont révélé des pratiques de gouvernance hybrides et désordonnées : l’approche écosystémique est adoptée en Nouvelle-Aquitaine, mais souvent de manière partielle, en combinaison avec d’autres modes de gestion. Les chercheurs se sont également demandés si la mise en place de l’approche écosystémique différait selon les écosystèmes : dans les cas étudiés, les écosystèmes marins et estuariens sont actuellement régis par des approches écosystémiques, alors que les forêts plantées ne le sont pour l’instant pas, bien que le mode de gestion actuel soit remise en question par les acteurs qui défendent les approches écosystémiques face aux risques. Dans les cas où des approches écosystémiques ont été adoptées, c’est l’approche « La gestion des écosystèmes au nom de l’efficacité », avec un rôle fort de l’Etat dans la gouvernance, qui s’impose et ce pour les trois écosystèmes marins, estuariens et forestiers. Peu d’acteurs ont adopté l’approche écosystémique d’acteurs engagés ou la gestion des concurrences entre les services écosystémiques. La prochaine étape du projet ECOGOV consistera à examiner les conséquences de la mise en place de cette gouvernance hybride de manière plus approfondie avec les parties prenantes.

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